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L’incroyable
tour du monde d'une paire de jeans
Un
très long parcours
Du coton béninois à l’assemblage tunisien, la confection
d’une paire de jeans équivaut à un long voyage: 65
000 kilomètres de va-et-vient au minimum…
Le
jean est par excellence un produit de culture globale. On le porte dans
de nombreux pays du monde, au Nord comme au sud, à l’Est
comme à l’Ouest. La production du jean est, elle aussi, mondiale.
A titres divers, nombreux sont les pays concernés par sa fabrication.
Les
ateliers de conception et de design sont généralement situés
dans les pays du Nord où demeurent la majorité des acheteurs
potentiels. Les jeans sont ensuite commandés aux fabricants travaillant
dans le monde entier.
Le
coton nécessaire à la fabrication des jeans est récolté
à la main. Il provient du Pakistan, de la Corée du Sud,
du Bénin, du Burkina Faso ou d’autres pays d’Afrique
de l’Ouest où les colonisateurs français ont introduit
cette culture il y a une centaine d’années…
Après
la récolte, le coton est préparé (on sépare
les fibres de la graine et des feuilles), séché puis conditionné
en ballots dans les usines locales. Il est ensuite acheminé dans
les filatures, soit sur place comme au Pakistan ou en Corée du
Sud, soit en Italie (usine Italdenim) pour le coton béninois.
A l’usine Italdenim de Milan, le coton est filé, tissé
et teint avec de l’indigo synthétique, puis manufacturé
à Francfort (Allemagne), soit quelque 500 km au nord, pour devenir
une toile rigide d’un bleu sombre, le denim Kansas.
C’est
à Ras Jebel, en Tunisie, que la toile sera coupée, assemblée
et cousue…
Trois usines confectionnent les vêtements Lee Cooper à Ras
Jebel. Leur présence a attiré d’autres fabricants
et entraîné l’introduction de cours de couture à
l’école locale. Dans l’une de ces usines, 500 ouvrières
travaillent à un rythme effréné. Chacune a sa spécialité:
fermetures-éclair, poches, coutures latérales, ourlets;
chacune travaille comme un automate, répétant à vive
allure les mêmes gestes toute la journée. Les primes dépendent
du rendement. Une ouvrière qualifiée touche 220 dinars nets
par mois (280 francs suisses), soit moins de fr. 1,50 à l’heure.
Le
délavage du jean s’effectue dans d’immenses machines
à laver industrielles où la toile Denim devient douce par
frottement contre des pierres ponces provenant d’un volcan éteint
en Turquie.
L’entreprise turque qui fournit les pierres ponces doit constamment
s’adapter aux délocalisations des unités de production
des firmes transnationales. La carrière qui exploite la production
de pierres ponces est l’une des rares pourvoyeuses d’emplois
de la région et les habitants souhaitent voir d’autres entreprises
s’y installer.
De
la fibre polyester (produite au Japon à base de produits pétroliers)
est utilisée pour les fils des coutures, eux-mêmes fabriqués
en Irlande du Nord, en Hongrie ou en Turquie. La bande de polyester de
la fermeture-éclair est produite en France par la firme japonaise
YKK. Le laiton des dents de la fermeture-éclair provient aussi
du Japon. Les rivets et une partie des boutons, également en laiton,
sont fournis par PRYM, une entreprise allemande produsant son propre laiton
à partir de zinc et de cuivre importés d’Australie
et de Namibie.
Enfin,
les jeans quittent la Tunisie par train et bateau pour être stockés
dans un entrepôt Lee Cooper en France, avant d’arriver sur
les rayons des magasins de vêtements londoniens, lyonnais, fribourgeois
ou japonais!
Source:
The Guardian, Londres – Fran Abrams et James Astill. Extraits de
l’article L’incroyable tour du monde d’un jean, Courrier
international, 2.8.2001
Lorsque le parcours passe par la Suisse
Il
est devenu courant qu'une paire de jeans soit fabriquée dans différents
pays. En Suisse, il se peut que le label swiss made soit autorisé
même si la moitié de la fabrication a lieu dans d'autres
pays. On estime à environ 19'000 kilomètres le chemin parcouru
entre la récolte du coton et la paire de jeans prête à
être commercialisée.
Le
patron (schéma pour la confection) est envoyé de Suisse
par fax ou via Internet à la fabrique située aux Philippines.
Le coton est récolté en Inde, puis expédié
en Chine.
En Chine, le coton est filé avec des machines suisses.
Le coton filé est teint aux Philippines avec de l'indigo venu d'Allemagne
ou de Suisse. La teinture est très polluante. Des substances chimiques
se répandent dans l'air, l'eau et la terre sans aucun contrôle.
Cette opération porte préjudice à la santé
des ouvriers et ouvrières - ce sont souvent des enfants.
La doublure et le label de lavage proviennent de France, les boutons et
les rivets d'Italie.
Toutes les pièces sont expédiées par avion aux Philippines
où s'effectue la couture.
Les travaux de finition se font en Grèce.
Les jeans sont acheminés, vendus et portés en Suisse.
Après usage, ils atterrissent dans une collecte de vieux vêtements.
Ils sont ensuite acheminés vers une entreprise de tri.
Finalement, ils repartent pour l'Afrique et sont portés une nouvelle
fois au Ghana.
Richard
Gerster, Ethique et mondialisation, éditions LEP, Lausanne, 2005
à paraître
Activités
1.
Du texte à la carte
Après
avoir lu "L’incroyable tour du monde des jeans",
complète le tableau (à
télécharger ici). Dans la première colonne,
note les étapes de la fabrication d’une paire de jeans.
Dans la deuxième, relève les pays où se déroulent
ces opérations. Dans la dernière, imagine et dessine
un symbole qui illustre chaque étape de la fabrication.
A l’aide de la boîte à outils, cherche une carte
du monde.
Place les symboles sur chaque pays concerné.
Ajoute des flèches pour montrer le parcours suivi par ta
paire de jeans.
Ta
carte est terminée. Que remarques-tu? Confronte tes remarques
à celles de tes camarades.
Recherche dans le dossier des informations pouvant compléter
ton travail. |
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